Exposition

La parole donnée – Isabelle Ferreira

Commissaire de l’exposition : Leïla Simon

Exposition du 4 juillet au 29 août 2021.
Vernissage dimanche 4 juillet à 14h – interlude électro-accoustique à 16h
Des visites guidées ont lieu chaque mardi à  18h avant le Cinémapéro.

Cette exposition bénéficie également du soutien de la Fondation Calouste Gulbenkian  – Délégation en France.


L’invention du courage (o salto) – détail, 2021

 

Déclinaison de Suites

Fin 2020 – Début 2021, premiers échanges entre Isabelle Ferreira et moi, autour du projet de son exposition qui aura lieu à  l’Espace d’art contemporain Les Roches. Compte tenu de la crise sanitaire, nous avons opté pour des rendez-vous téléphoniques. Isabelle Ferreira me raconte. Je prends des notes. J’écoute. Je questionne. Elle poursuit. Elle évoque. J’écoute. Je gribouille.
Deux – trois photos ponctuent la conversation.

Pause – Suite au prochain rendez-vous, même si ceci n’est pas tellement vrai.
L’histoire que m’a racontée Isabelle m’accompagne. Elle est là . Je tisse des liens avec sa pratique, les dénoue, les reprends. L’histoire que m’a racontée Isabelle me trotte dans la tête.
Elle m’a parlé de ces clandestins portugais qui sous Salazar ont fuit leur pays dans l’espoir de trouver une vie meilleure en France. Elle m’a parlé de ces photos déchirées en deux avant le grand départ. Elle m’a parlé de traversées périlleuses, puis de traversées du paysage et enfin du paysage. Elle m’a parlé d’une vidéo qu’elle a réalisée à la fin de ses études aux Beaux-arts.

Je la regarde. Je fais des recherches. Envie, besoin d’écrire ce que je vois, ce que j’apprends, ce que je tisse, ce que je recoupe.

 

Puis.

 

Nouveaux échanges téléphoniques. Isabelle me décrit son projet. Je prends des notes. J’écoute. Je questionne. Elle développe. Elle énonce. J’écoute. J’imagine.
Deux – trois, … puis cinq – six photos ponctuent la conversation.

Pause – Et comme on s’en doute, la suite n’attend pas le prochain rendez-vous. Les idées virevoltent. Les images se frayent un chemin. Les couleurs se déploient. Elle m’a annoncé le titre. Ça chante, ça parle. Belle interprétation. Le projet que m’a esquissé Isabelle m’emboîte le pas. Elle m’a relaté ses prospections. Elle m’a décliné des couleurs. Une approche pleine de délicatesse sans pour autant occulter les terribles conditions. Une approche pleine de bienveillance vis-à-vis de ces personnes obligées de s’exiler.

Les images se conjuguent au quotidien. J’attends. Envie, besoin de prendre le temps, de recevoir ce que je perçois, ce qui semble se profiler, ce que je pressens, ce qu’Isabelle met en place.

 

Nouveaux échanges, mais pas téléphoniques, dans l’atelier d’Isabelle, au cours d’une visite. On est trois, Isabelle, Marie Gayet et moi. Isabelle nous raconte. Je prends des notes. J’écoute. Je rebondis. Elle précise. Elle détaille. Je découvre. J’observe.
Deux – trois, … puis cinq – six, pour finir par quatorze – quinze portraits alimentent la conversation.

 

Pause – la suite on le sait s’étire dans le temps.

Pause – Scriiiiiiiiiiiiiiiiiiitch

Un geste, un simple geste.
Un geste qui en amène d’autres. Qui en a amené d’autres. Qui en amènera d’autres.
Un geste simple.
Un geste bref qui préfigure le point de départ d’une temporalité qui va s’étirer dans le temps.

Mais aussi.

Un geste qui révèle. Un geste qui raconte, à sa façon, mais comme toujours sans altérer la situation. Au contraire. Un geste de raccommodage. Un geste qui redonne corps.

Je les imagine. Je les entends. Je les sens. Envie, besoin de vivre avec eux, avec leurs impressions, de me kaléidoscoper dans ses surfaces colorées, de m’en éloigner pour y revenir.

 

Nouveaux échanges, mais pas téléphoniques, ni dans son atelier, dans les salles d’exposition d’Eac Les Roches, au cours du montage. Isabelle me présente ses œuvres. On déballe. On (re)découvre. Elle m’explique. Elle affine. Je rencontre. Je décortique.

Et la plongée se fait.

Pose – Pause – la suite est belle et bien là, dans un temps qui s’étire infiniment.
Une image à  jamais captée. Et pourtant, après tant d’années, ce regard semble toujours nous échapper. Il est là . Silencieux.

Il est là . Tout nous est dit, muettement.

Les surfaces colorées témoignent de la pratique de la photo déchirée. Les surfaces colorées adoucissent les déchirements. Viennent les panser.

Pause – Le projet se poursuit. La rencontre se fait. Isabelle met en place, déplace, replace. Un dialogue prend corps. Magie. Retenir sa respiration, se faire oublier pour rester le plus longtemps là .

Pause – Un geste, celui d’Isabelle rejouant les Pétales pour La parole donnée. Je ne bouge pas, j’observe en me faisant la plus petite possible. Magie. Mouvements à  jamais imprégnés.

Pause – Entrer après avoir frappé, car on le sent, on le comprend le moment est précieux, précis. Percevoir de nouveaux mouvements. Envie, besoin pour Isabelle de déposer ici, là , ici ou là . Envie, besoin pour Isabelle de matérialiser son regard, l’histoire qu’elle veut nous raconter. Par petites touches, tout se dévoile.

Je vis le plus possible le moment, je ne veux pas en perdre une miette. On échange et là  ça y est il me faut partir. Il me faut écrire. Envie, besoin de raconter, à  ma façon, sans pour autant altérer la situation. Envie, besoin de partager.

 

Pause – La parole donnée habite le lieu.
J’entends comme une voix. Celle d’Isabelle. Il me semble qu’elle nous dit, qu’elle leur dit :

Bienvenue.

 

Leïla Simon