Arlette Simon

 

« Les nuages et la mer tissent ensemble un rideau de soie grise. L’eau devient visqueuse et légèrement rosâtre, pareille à de la liqueur de myrtilles. Des nappes bleutées montent à la surface de l’eau et glissent sur le miroir. L’eau se solidifie. Le froid fait émerger de la mer sombre un jardin de roses blanches, un tapis de cristaux d’eau de mer. » Smilla et l’amour de la neige,  p. 456
Arlette Simon nous révèle, à travers ses pièces, ce qui se trame à l’intérieur de leurs volumes sinueux. L’artiste nous dévoile une multitude de possibles qu’offre la céramique. Telle une laborantine elle fait des essais dont les résultats nourrissent ses recherches lui permettant d’aller encore plus loin. C’est ainsi qu’après avoir travaillé la malléabilité, la texture de tubes, elle pousse plus avant ses prospections en incluant dans ses installations le néon, révélant par sa lumière d’autres mouvements, d’autres circulations. La matière en est scrutée, traversée, dévoilée, mise à nu. Parfois le son vient lui aussi confirmer les divers aspects de ces éléments sculpturaux. Les émaux sélectionnés détiennent eux-aussi le rôle de « révélateur ». Un émail noir dont l’aspect se rapproche de celui du caoutchouc, un émail cuivré et moucheté de paillettes, un émail blanc, tel un glaçage hivernal, se lovant dans les moindres interstices…
Il est souvent question de gestes chez Arlette Simon, à l’instar des gestes dont elle s’est inspirée (les pas de danse « entrechat » ou « catwalk », le poing levé des deux coureurs américains vainqueurs des Jeux Olympiques en 1968, …). Les gestes de l’artiste façonnant, accumulant, disposant ses pièces sont eux-aussi primordiaux.
Les formes, les mouvements, les couleurs et du même coup l’espace, la structure, de ses installations, évoluent à chaque fois. La forme pourrait s’étendre à l’infini. Un jeu de cache-cache, où certains éléments se dévoilent plus que d’autres, s’instaure. La fluidité des mouvements se heurte à l’amoncellement. Amoncellement contrebalancé par la douce fragilité de son équilibre. Un pas de côté et voilà que ses installations nous offrent un tout autre point de vue. Le spectateur est attiré, désorienté par ces délicats dispositifs qui pourtant ne flanchent pas. On a l’impression de se trouver projeté ou plus précisément aspiré par les oeuvres d’Arlette Simon. Notre regard circule selon les mouvements proposés par les éléments en céramique. Parfois le regard glisse sur la surface extérieure pour mieux retomber, se pelotonner à l’intérieur. Intérieur mis à nu par les gestes d’Arlette Simon nous révélant ainsi toute la complexité du volume.

Leïla Simon, 2016