Marc Simon
Marc Simon se définit comme « artiste céramiste », associant ainsi ses recherches à un médium porteur dans l’art actuel d’une inquiétante étrangeté : qu’il s’agisse des contes de fée de Françoise Pétrovitch, des êtres fantastiques d’Anne Wenzel, d’une sexualité foisonnante chez Elsa Sahal ou des excroissances imaginaires au côté « art brut » de Michel Gouery, la terre semble engager fortement des corporéités mythiques – car l’homme aurait été créé d’argile ?
Les créatures que façonne Marc Simon apparaissent comme un autre de l’humain. Les Chindis (céramique, 2011) désignent dans la culture Navajo l’ombre néfaste que laisse un homme en expirant. Leur œil creux s’ouvre sur le vide. Leur peau est accidentée, tourmentée, comme faite de feu, d’un air secoué et agité, ou d’un entrelacs de brins végétaux – paille, feuilles, épines. Ce travail sur la surface est expressionniste et subjectif, un héritage des premières recherches picturales de l’artiste. S’y ajoute une mise en valeur de l’enveloppe pour elle-même, travaillée explicitement dans la série des Vanités (céramique émaillée, 2011) qui évoquent d’inquiétants masques ou heaumes vides. Cette expressivité est de plus ambivalente dans le champ de la céramique : elle évoque aussi l’esthétique de l’accident, qui s’incarne dans le style wabi inventé par le céramiste japonais Raku au XVIe siècle.
Pour moi, ces monstres sont des Djinns. Dans le Coran, les Djinns sont ceux qui n’ont pas été créés dans la terre, mais dans l’eau, l’air et le feu. Ils sont maléfiques et incarnent les puissances naturelles. Ces êtres fantastiques métamorphes fascinent par leur vacuité, leur capacité à changer de forme. Marc Simon s’inscrit peut-être alors dans la lignée d’un Jean-Joseph Carriès (1855-1894) et de ses grotesques de grès. On est ici dans le domaine du fantastique, de l’être à l’apparence inquiétante, à l’intériorité incertaine, appartenant à un arrière monde étrange, celui des feu-follets, d’un Panthéon noir à la Lovecraft. On pense à « Scarecrow », l’Epouvantail tueur à l’œil vide du folklore américain, cuit, fixé ici dans la terre.
Emilie Bouvard, in catalogue Eac Les Roches 2013
